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vendredi 4 juin 2010

Carte mortuaire de Louis Ovide LAFORTUNE


Le 7 janvier 1956, chez sa fille Rolande où il habitait, est décédé Louis Ovide Lafortune, mon arrière-grand-père. Chaque fois que je regarde ce télégramme destiné à la famille de Marjolaine, cadette de Louis Ovide, je suis émue par ces plis du papier, conservé précieusement, précautionneusement, depuis 1956, par la sobriété des mots, et par cet espace coloré mais vide laissé tout autour de la nouvelle d'une simple ligne, par ce «M.» qui précède le nom et porte encore le signe de la déférence d'un gendre envers son beau-père.


Fils de Louis Ovide Elzéar et de Caroline Desjardins, Louis Ovide Lafortune est né à Saint-André-Avellin le 19 juin 1871. Le 23 juin 1895, il épousait, à Saint-André-Avellin toujours, Henriette Guertin, fille de Pierre et d'Adéline Ouellet, née le 19 mars 1871 au même lieu.

De son union avec Henriette Guertin sont nés onze enfants : Eugène, Albert, Valéda, Louisa, Arthur, Béatrice, Edna, Donat, Hilaire, Jeanne et Aiméla.

Mais Henriette Guertin devait mourir le 27 mai 1914, jour de l'anniversaire des sept ans d'Edna.

Un an plus tard, il épousait à Montebello Émélia Sarrazin, fille de Calixte et Domitille Larente, née le premier juillet 1872. De cette union-là allaient naître six autres enfants : Roland, Bérangère, Vianney, Euclide, Rolande et Marjolaine.

Forgeron, marchand général, Louis Ovide Lafortune a aussi été maire de Notre-Dame-de-la-Paix d'avril 1924 à février 1926. Il a ensuite quitté Notre-Dame-de-la-Paix pour emménager à Montréal où vivaient déjà plusieurs de ses enfants devenus adultes.


Louis Ovide Lafortune mourait à Montréal-Nord le 7 janvier 1956 et était enterré au cimetière Notre-Dame-des-Neiges de Montréal.


Références :
Saint-André-Avellin, co. Papineau, 1871, F96R, B43
Saint-André-Avellin, co. Papineau, 1895, F200V201R, M5
Saint-André-Avellin, co. Papineau, 1871, F89R, B18
Notre-Dame-de-la-Paix, co. Papineau, 1914, F8R, S9
Notre-Dame-de-Bon-Secours de Montebello, co. Papineau, 1815-1900, 1915, F7R, M3
Notre-Dame-de-Bon-Secours de Montebello, co. Papineau, 1877-1891, 1882, F64V, B45
Margot Lalonde Cloutier, Notre-Dame-de-la-Paix 1902-2002, Notre-Dame-de-la-Paix, Éditions de la Petite-Nation, 2002, P37
BSQ 1926-1996, fiche 1448417
Télégramme, gracieusement donné par Monique Groulx, tout comme la photo du bas.
Carte mortuaire, archives personnelles

samedi 27 mars 2010

À propos des habitants



J'ai trouvé un beau texte de Benjamin Sulte publié en 1881 dans le journal La Minerve, portant sur le mot «habitant» et j'ai eu envie de le partager avec vous :

 J'ai tort de ne pas lire les journaux car, le plus souvent, les nouvelles me tombent dans l'oreille qu'après avoir fait trois fois le tour du monde, de sorte que Pitou pourrait me demander en toute assurance : «Sergent, les bruits qui courent sont-ils parvenus jusqu'à vous?»
J'apprends donc à mon tour que la bonne presse d'Ontario se fait de la bile à propos de nos habitants.
Ce n'est pas la première fois et ce ne sera pas la dernière. Il lui prend, d'année en année,  de ces quintes qui la soulagent un peu et que ses lecteurs voient toujours arriver avec plaisir.
 L'habitant, c'est la tête de Turc sur laquelle tapent les politiciens de notre province-sœur. Plus les affaires de ces messieurs vont mal, plus ils éprouvent le besoin de s'en prendre à quelqu'un. Fait de l'habitant – c'est-à-dire de la population du Bas Canada – un bouc chargé des péchés d'Israël est une pensée charitable d'abord, et ensuite un procédé qui ne s'use pas, attendu que l'on nous connaît probablement pas plus sur les bords du Gaudalquivir que dans les prés fleuris de l'Ontario. Parlez donc de couleurs devant des aveugles!
M. George Brown avait trouvé un cri de guerre resté célèbre : à bas le papisme!  et il l'a poussé avec succès tant que sa province n'a pas été envahie par les catholiques.
Aujourd'hui, c'est l'habitant qui est le monstre. Qu'il gèle ou qu'il grêle, que l'ambition des entrepreneurs ou de certains hommes publics subisse un échec, c'est la faute des habitants. Tout irait à merveille dans notre paradis terrestre si l'habitant n'existait pas.
Habitant est synonyme de Canadien-français, et ce dernier nom signifie catholique, signifie indépendance et volonté de se faire respecter. Population gênante.
Dans cette «vallée du sommeil» autrement dit la province de Québec, il y a des Frenchmen partout, il y en a trop, beaucoup trop. Leur ignorance, doublée d'une profonde horreur du progrès, fait obstacle à la marche de la Confédération. Ce ne serait rien encore s'ils étaient relégués dans les marécages ou au milieu de montagnes encore inhospitalières, mais, voyez le malheur, ils tiennent la cléf géographique du Canada, ils possèdent de vastes étendues de terres très riches, ils ont des mines valant mieux que celles des autres provinces. De plus, ils conservent des traditions, ils parlent de leurs ancêtres avec orgueil, ils vont jusqu'à penser qu'eux seuls sont Canadiens! Cela fait frémir. Etre arrivés dans ce pays il y a deux siècles et ne pas vouloir changer sa nature – c'est inconcevable. Penser et écrire en français, quelle étroitesse d'esprit. Demander des chemins de fer, des manufactures, des bureaux de poste comme les nôtres, c'est à faire dresser les cheveux sur la tête.
Et une partie de la presse d'Ontario s'en va brodant sur ce thème. À la fin de ces articles on lit clairement le mot d'ordre du vieux Caton : il faut détruire Carthage.
 C'est la lutte d'il y a trente ans, un peu modifiée par les exigences du moment, mais non moins âpre et non moins calculée pour nous nuire.
Naturellement, si la population d'Ontario n'était pas toute entière imbue à notre égard des préjugés les plus fâcheux et les plus grotesques, d'aussi folles attaques s'en iraient en l'air comme la fumée d'une pipe de salon, mais cette population fraîchement débarquée n,est pas venue d'Europe édifiée sur notre compte; ses meneurs se sont bien gardés de lui ouvrir les yeux une fois rendue ici.
On ignore dans Ontario pourquoi nous sommes fiers du titre d'habitant.
 C'est nous qui l'avons créé, pour exprimer une situation nouvelle dans un pays nouveau. Il est intimement lié aux glorieuses annales d'une colonie dont les origines sont irréprochables, n'en déplaise aux autres nations. Nous n'avons pas voulu du nom de paysan. Celui-là est bon pour l'Europe. Que ceux qui veulent se mettre un boulet au pied le portent.

Sol canadien, terre chérie,
Par des braves tu fus peuplé ;
Ils cherchaient loin de leur patrie
Une terre de liberté.

Voilà ce que le poète a pu dire sans exagération.
 Nous étions «habitants» il y a deux cent trente-six ans, alors que la Nouvelle-France ne renfermait pas trois cents personnes de race blanche ; nous étions «habitants» pour nous distinguer des fonctionnaires français, des interprètes, des marchands, de la classe d'hommes, en un mot, qui ne tenaient au pays que par le négoce ou l'administration, comme les Anglais aujourd'hui. La compagnie dite des Habitants, reconnue par Mazarin, en 1645, tailla du coup sa large part dans le monopole de la traite ; elle élit des syndics, elle se regardait –et il fallut le croire en haut lieu—comme l'expression d'une communauté libre. Le patriotisme canadien germa de bonne heure parmi nous – on remarque qu'il n'a pas été compris ailleurs que chez les habitants durant tout le régime français, même du temps de Montcalm, cent vingt ans après Mazarin. À nous les habitants la charge de défendre le pays, de le nourrir, à nous le privilège étrange de ne jamais désespérer de son sort; à nous l'honneur des organisations paroissiales, cette force que toutes les colonies peuvent nous envier; à nous la mission de fonder au milieu des forêts de ce pays barbare une nation civilisée qui subsistera malgré la conquête du sabre et instruira ses vainqueurs dans l'art de se gouverner.
Ces choses sont de l'histoire. Abrégeons.
Oui, la province d'Ontario le sait : elle pourra redouter l'habitant chaque fois qu'il lui prendra fantaisie de toucher au Bas Canada. L'habitant est le vrai citoyen : il déplore le fanatisme qui ronge certaines classes des autres provinces, mais il ne le craint pas. Il a pour lui-même l'expérience; il est tranquille sur le domaine qu'il s'est conquis noblement; les autres n'en sont pas encore là!
C'est le fils de l'habitant qui exerce les professions libérales, qui va au parlement, qui construit des chemins de fer et des manufactures. Les habitants n'ont jamais été domestiques ou hommes de peine dans les faubourgs des grandes villes d'Europe. Ils sont d'une trempe supérieure à cette «race supérieure» qui, avant toute chose, s'occupe de sauver les apparences. L'habitant se contente du fond; cela vau mieux que la forme.
Chez nous, chacun fait sa part de l'œuvre commune ; néanmoins nous sortons tous de l'habitant. Nous n'empruntons pas aux oiseaux de passage des plumes plus ou moins brillantes, mais qui ne sont que des plumes après tout. Ce qui nous caractérise c'est que nous sommes nous-mêmes et que nous savons d'où nous venons et où nous allons. 

Le texte a été publié dans La Minerve du 23 février 1881 en page 2, et a été repris partiellement dans La famille et ses traditions de Louis-Alexandre Brunet (Montréal, Eusèbe Sénécal, 1881, p. 355-336). C'était il y a presque 130 années!

Sur la photo d'archives personnelles, à la fin d'avril 1907, la famille de Louis Ovide Lafortune pose devant la maison familiale de Notre-Dame-de-la-Paix qui faisait office de magasin général et de forge. Si l'identification des personnes sur la photo vous intéresse, écrivez-moi.

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