dimanche 25 novembre 2012

Inconnu trouvé mort, «tué par la chose»

En cherchant un baptême de 1909 à Sturgeon Falls, dans le comté de Nipissing en Ontario, voici que je tombe sur l'acte de sépulture suivant :



S 42 Inconnu
Le 27 Septembre a été inhumé dans le cimetière de
cette paroisse le corps d'un inconnu, tué par la chose
le 25 courant. Témoins de la sépulture Jacques
et Vincent Bélanger.
Chs Langlois, ptre
Tué par la chose? Tué par la chose!

J'essaie de lire différemment. Cela peut-il être lu autrement? Je fais lire l'acte à d'autres. À l'unanimité, chacun lit : «tué par la chose».

Je décide de voir ce qu'en a dit le médecin qui a examiné le corps.



Rien. Le docteur Bolster ne dit rien. Ou presque. Le corps a été découvert deux milles à l'Est de Sturgeon Falls et le décès remonterait au 23 ou 24, alors que le Père Langlois estimait la mort au 25. Le silence du docteur Bolster est éloquent parce que, à l'instar de ses collègues du même endroit, il n'est jamais avare de descriptions pour les causes de décès.

Si la mort est bizarre, il en a sûrement été question dans les journaux de l'époque.



L'article apporte une précision : le corps de l'homme a été trouvé sur la réserve amérindienne, probablement en direction de NorthBay.

L'homme était sans doute malade puisqu'il portait sur lui une bouteille de remèdes en provenance d'une pharmacie manitobaine, ce qui me permet de croire qu'il revenait peut-être de l'Ouest, pas qu'il s'y en allait. Chose certaine, il était journalier quelque part pour porter des vêtements de travail. Et c'était un homme de foi puisqu'il portait non seulement le scapulaire, mais encore un chapelet.

Rien dans l'environnement du défunt ne permet de trouver de quoi il est mort. Le journaliste dit qu'il a peut-être été victime d'un accident puisqu'il avait une joue coupée et un bras et une jambe cassés. Si quelque chose avait permis de croire à un accident, le curé n'aurait certainement pas écrit «tué par la chose»; le docteur Bolster n'aurait pas laissé en blanc la cause du décès, il aurait écrit «accident».

Le journaliste écrit qu'on attend pour procéder à l'enterrement que l'homme soit reconnu par quelqu'un. Or, on sait qu'au moment de la sépulture, il était toujours «inconnu».

Ce serait bien qu'on arrive à trouver qui est cet homme mort et de quoi il est mort.

Peut-être qu'à plusieurs on pourrait trouver qui il est et de quoi il est mort.

AJOUT du 3 décembre 2012


Après avoir entamé une discussion avec Anonyme qui suggérait un accident de «char» donc de train et après avoir revu ma lecture du mot «chose», je suis revenue sur mes pas pour voir d'encore plus près les copies dont nous disposons : celle de Family Search et celle de Drouin.





L'hypothèse du train n'était sûrement pas à écarter. Quelqu'un, dans un groupe de généalogie que je fréquente, a fait remarquer qu'une carte de la région permettait de voir un pont ferroviaire. 

Le curé Charles Langlois s'exprime avec familiarité tout au long des pages du registre. S'il s'agissait de «la chose» c'est que le phénomène s'était déjà produit; s'il s'agissait des «chars» il devait sûrement y avoir d'autres accidents, ce que je n'ai pas manqué de trouver.





Ce qu'il fallait lire, c'était non pas «la chose» mais «les chars», donc les trains. Anonyme, que je remercie, avait bien raison! (On peut ajouter que le médecin et le journaliste auraient pu faire leur boulot jusqu'au bout.)

Merci de la collaboration, autant sur les groupes que par courriel et ici, sur la page.


Sources : Sacré-Coeur de Sturgeon Falls, co. Nipissing, ON, 1902-1921, 1909, P64, S42; puis 1907, S14 et 1908, S41
Canada, Ontario Deaths, 1869-1938, 1909, Co. Nipissing, Division of Sturgeon Falls, P339, Vue 157/201, 09-020646
La Patrie, parution du 28 septembre 1909, 31e année, no 182, P5


5 commentaires:

  1. Une possibilité : «...char..» ou le résultat d'un accident de chemin de fer ?

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  2. Le seul problème c'est que les accidents comme celui-là sont notés. «mort accidentelle» «frappé par un train», "noyade accidentelle". Comme le médecin n'inscrit pas de cause au décès, ni accident ni quoi que ce soit, ni âge possible du défunt, il est difficile de croire qu'il aurait été frappé par un train. Mais la chose n'est pas impossible.

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  3. Je persiste : le mot «mystère» est formé de cinq lettres. Un c pour la première [voir cimetière], un h pour la seconde [voir inhumé[, un a pour la troisième [voir courant], un r pour la quatrième [voir par] et, enfin, un s [voir Jacques].

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  4. entièrement d'accord avec vous : 5 lettres.
    C de cimetière, de cette, de corps, de courant
    H de inhumé, ça va, bien que celui de Chs Langlois soit plus proche
    O de paroisse, de corps, de inconnu, de témoins, de Langlois
    S de dans, de corps, et même de Jacques
    E cette lettre pourrait tout aussi bien être un s qu'un e; les finales des mots finissant chez le rédacteur dans une sorte de gribouillis - il ne faut pas oublier que le mot se termine dans la reliure. - je vais ajouter la page pour que l'on voie bien.

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  5. Très souvent, il faut déchiffrer un mot par le contexte et le bon sens. Il me semble impossible que l'individu ait été «tué par la chose» qui est d'une imprécision totale et ne sert pas du tout à expliquer la cause de la mort. Il faut donc décoder une autre expression et «les chars» me semble, pour le moment la plus pertinente.

    Claude TOUTANT

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