dimanche 15 janvier 2012

L'interdit de cimetière


Le vingt-deuxième jour du mois d'aoust mil sept cent quarante neuf a été inhumé dans le cimetière de la paroisse du Sault au Recollet pendant l'interdit de cimetière de cette paroisse le corps de            fils de jos decedé le jour precedent de joseph miville et de marie joseph germain ses pere et mere de cette paroisse 
Jean Matis, prêtre 

Je cherchais une sépulture à Saint-Laurent, comté Jacques-Cartier, et je suis tombée sur celle qui précède. En examinant les pages d'avant et les suivantes, je me suis aperçue que pour toutes les sépultures de Saint-Laurent à l'époque, entre le 17 juin, date de la visite de l'évêque, et le 17 août (lorsque survient une sépulture dans l'église), c'est la paroisse de La-Visitation-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie de Sault-au-Récollet qui accueille les morts. Il faudrait pouvoir aller lire le Livre des délibérations paroissial pour connaître la raison de cette ordonnance, obligatoirement venue de l'évêque. Peut-être le cimetière n'était-il pas en bon état, peut-être la clôture n'était-elle pas assez haute pour les 2 mètres réglementaires et les animaux sauvages allaient-ils creuser la terre fraîchement retournée des tombes? Peut-être était-il rempli et fallait-il l'agrandir? Il m'est arrivé de lire au Livre des délibérations de Saint-Antoine-sur-Richelieu, une ordonnance de l'évêque exigeant que la clôture soit mise en état sur-le-champ, et une autre fois une ordonnance de déplacer les sépultures des enfants à proximité de l'église et d'agrandir le cimetière.

Je crois que l'interdit de cimetière diffère de l'interdit de sépulture, le premier étant général et interdisant toute inhumation, tandis que le second ne concerne qu'une seule personne.  Si quelqu'un en avait la certitude, j'aimerais bien le savoir.

Dans l'interdit de cimetière, je crois que les fidèles sont « punis » pendant un certain temps et doivent aller se faire enterrer ailleurs que dans l'enceinte paroissiale.


Ce vingt et un juin mil neuf cent dix-huit, je soussigné curé de N.-D. de la Paix ai été témoin de l'inhumation faite au cimetière des enfants morts sans baptême pour cette paroisse du corps de Thomas Rossignol, époux de Marcelline Juteau, décédé sur cette paroisse le vingt-sept avril dernier à l'âge de de soixante-cinq ans. Étaient présent Adélard Rossignol, Paul-Emile Roy, Albert Rossignol et autres. Lecture faite, ont signé, 
Adélard Raasignal
Paul Emile Roy
Wilfrid Cadieux, ptre curé 
L'histoire de cet enterrement, un interdit de sépulture, m'a été rapportée il y a quelques années par Michel Rossignol de la région d'Ottawa. Du côté paternel, Thomas Rossignol, l'interdit de sépulture lui-même, était le père de mon grand-oncle Adélard, l'un des signataires de l'acte. Le curé Cadieux, lui, était arrière-petit-cousin du côté de ma mère. C'était un bagarreur, qui ne craignait pas de sortir les poings. Mais comme il était aussi curé, il avait aussi le pouvoir d'excommunier ceux avec qui il se querellait. C'est ce qui serait arrivé à Thomas Rossignol, qui aurait eu, paraît-il, l'audace de le frapper. Thomas Rossignol a donc été excommunié. À sa mort, la famille a tout tenté pour que le défunt ait une sépulture chrétienne et faire céder le curé Cadieux, qui n'a pas sourcillé. La famille a même demandé à l'évêque d'intervenir. Rien à faire.

Les démarches ont duré longtemps, si l'on en juge par la date de décès et celle de l'enterrement : 27 avril pour le décès et 21 juin pour l'inhumation.

Seule concession, finalement : Thomas Rossignol pourrait être enterré dans le cimetière des enfants morts sans baptême. Les sacrements et la cérémonie à l'église ayant été refusés, les proches ont dû l'enterrer eux-mêmes et l'acte témoigne bien de la position de spectateur du curé Cadieux, forcé tout de même d'enregistrer la sépulture par les obligations de sa charge de responsable de la tenue des registres gouvernementaux.



3 commentaires:

  1. Très intéressant. Merci de nous partager cette information.

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  2. J'ai tellement entendu parler de ce curé Cadieux (je demeure à Notre-Dame-de-la-Paix) que ça ne me surprend pas ce genre d'histoire. Je ne l'ai pas connu, je suis arrivée dans cette paroisse après son départ. Il était d'une sévérité paraît-il, mais ne l'étaient-ils pas tous, nos chers curés des années 1900?

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  3. Celui-ci était, paraît-il, bien spécial. Dans le cimetière, on aurait mis une grosse dalle de béton pour avoir l'assurance qu'il ne sorte pas de là!

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