lundi 28 novembre 2011

Rex, un drôle de chien


Dans la famille de mon père, il y a toujours eu des chiens. Et ils ont tous porté le même nom : Rex. Souvent des Bergers allemands plus ou moins purs, mais pas toujours. Dans cette longue suite, il y a eu un premier Rex qui a servi de modèle à tous les autres.

C'était le chien de mon grand-père, Daniel Major. Sur la photo, prise le 8 juillet 1942 à Saint-André-Avellin, en Outaouais, on les voit tous les deux, fixant le même objet.

Mon grand-père était un homme malade du coeur. Son chien devait faire des prouesses pour aider ma grand-mère qui tenait restaurant et dépanneur et leurs quatre enfants.

Rex savait justement faire des prouesses : il allait chercher la vache chez le fermier quand approchait l'heure de la traite, et il la ramenait ensuite dans l'enclos. Il pouvait fermer la barrière, mais pour l'ouvrir il allait chercher le fermier. Il allait à la poste et se mettait en rang comme tout le monde, mais refusait de quitter les lieux s'il n'y avait pas de courrier, tant que le maître de poste ne lui avait pas donné un quelconque papier à rapporter. Il veillait sur les petits et servait de chien de brouette, de traîneau ou de ski aux enfants qui l'adoraient!



À la fin du mois de décembre 1942, mon grand-père est mort et Rex est devenu inconsolable. Comme c'était l'hiver, on avait déposé le corps de mon grand-père dans le charnier en attendant le dégel de la terre, au printemps.

Rex s'est installé à la porte du charnier et a refusé de quitter les lieux. Ma grand-mère envoyait un des enfants le chercher, mais sitôt qu'elle avait le dos tourné, le chien revenait à sa garde en se lamentant. Dans son presbytère qui jouxtait le cimetière, le curé Yelle, qui avait mauvais caractère d'avance, s'impatientait et s'énervait, envoyait chercher ma grand-mère ou l'un des enfants. Et le manège recommençait. Elle avait beau attacher Rex, il réussissait à se détacher et à retourner à la porte du charnier. Les jours se sont transformés en semaines et le chien refusait toujours de rentrer à la maison, sinon pour manger un peu.

Un jour, un client du restaurant s'est exclamé que le chien était bien beau et qu'il aimerait en avoir un comme celui-là. Ma grand-mère, excédée des demandes incessantes du curé à propos de son chien, lui a demandé s'il habitait loin. Devant sa réponse affirmative, elle a dit : ben prenez-le, monsieur, il est à vous.

C'est ainsi que Rex a quitté la maison. Les enfants ont beaucoup pleuré quand ils ont appris que le chien avait disparu, emporté par une voiture alors qu'il était couché sur le marche-pied. Du vivant de mon grand-père, Rex partait en ballade avec son maître sur le marche-pied de l'automobile; personne n'a donc trouvé à redire à l'histoire.

Et personne n'a jamais douté de cette version jusqu'au jour où ma grand-mère a raconté cette histoire à ma tante Ghislaine devenue adulte. Et c'est ma tante Ghislaine qui me l'a racontée à son tour il y a quelques années. Et moi je vous la raconte à mon tour pour que Rex ne soit pas oublié.


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