mardi 15 février 2011

Excommunication et sépulture ecclésiastique


Par «sépulture ecclésiastique», on entend les rites d'usage catholique et l'enterrement dans l'enceinte d'un cimetière, terre consacrée par l'Église et prolongement de l'église paroissiale. Ce type d'inhumation est destiné à ceux qui meurent sans avoir été excommuniés, donc à la plupart des gens.

Dans certains actes, il est question de sépulture ecclésiastique accordée ou refusée.

Voici une sépulture accordée après la mort :

 Le 2 mars 1876 j'ai donné la sépulture ecclésiastique à Michel Charrette âgé de quatre vingt six ans. F Marseille
Source : Saint-Joseph de Rivière-aux-Canards, co. Essex, ON, 1874-1885, 1875, F34V, S2
Voici en revanche une sépulture ecclésiastique refusée à un paroissien qui ne s'entendait guère avec son curé, chicanier de nature (la famille a tout tenté et pour faire changer d'idée au curé - même l'évêque a été rencontré : rien à faire le pasteur avait décidé).
Ce vingt-et-un juin mil neuf cent dix-huit, je soussigné curé de N.-D. de la Paix ai été témoin de l'inhumation faite au cimetière des enfants morts sans baptême pour cette paroisse du corps de Thomas Rossignol, époux de Marcelline Juteau, décédé sur cette paroisse le vingt-sept avril dernier à l'âge de soixante-cinq ans. Étaient présents: Adélard Rossignol, Paul Émile Roy, Albert Rossignol et autres. Lecture faite, ont signé, Adélard Rossignol, Paul Émile Roy, Wilfrid Cadieux, prêtre, curé.
Source : Notre-Dame-de-la-Paix, co. Papineau, 1918, F7V, S10

Au Québec, lors de la rébellion de 1837-1838, parce qu'elles avaient pris position contre l'envahisseur britannique et pris part aux troubles, plusieurs personnes ont été excommuniées sur mandement de l'évêque, monseigneur Lartigue. Mais nombre de curés ont tout de même ignoré les ordres et accordé la sépulture ecclésiastique à leurs ouailles mortes au combat. Ainsi le curé de Saint-Antoine, Michel Cusson, accorde-t-il non seulement la sépulture chrétienne à ses paroissiens, mais encore enterre-t-il sous le choeur, avec les curés, le député Charles-Olivier Perrault, blessé mortellement à Saint-Denis.

Le vingt-cinq novembre mil huit cent trente sept, nous soussigné curé de St Antoine avons inhumé dans l'Église de cette paroisse le corps de Charles Ovide Pérault, écuyer, avocat, époux de Dame Mathilde Roy, mort hier au matin d'une blessure reçue au combat qui a eu lieu avant-hier à St Denis, âgé de vingt huit ans. Présents, les sieurs Joseph, Jacques et Côme Cartier, Édouard Fabre et Joseph Lusignan qui ont signé avec nous. Jos. Cartier, Jacqs Cartier, E.R. Favre, A.C. Cartier, Jos. Lusignan. M. Cusson, ptre.
Source : Saint-Antoine-sur-Richelieu, co. Verchères, 1831-1841, 1837, F192V193R, S37

En fait, quelques mois plus tard, Charles Ovide Perrault sera exhumé et une fois de plus enterré dans la cave de l'église pour qu'on lui donne une sépulture plus belle, plus au goût de son épouse.

Pendant ce temps, les autres patriotes tués au combat, sont enterrés dans le cimetière. Le même jour, on peut lire au registre antonien :

Le vingt-cinq novembre mil huit cent trente sept, nous, soussigné curé de St Antoine, avons inhumé dans le cimetière de cette paroisse les corps de Lévy Bourgeois, de Benjamin Durocher et d'Honoré Bouteillet, tués dans le combat qui a eu lieu avant-hier à St Denis. Présents François Bourgeois, Pierre Bouteillet, Casimire Leclaire, Louïs Archambault qui n'ont pas su signer. Michel Cusson, ptre.
Source : Saint-Antoine-sur-Richelieu, co. Verchères, 1831-1841, 1837, F193R, S38 (on remarquera que ces hommes ont enterrés ensemble puisque l'acte suivant porte le numéro S39).

Photo : Ruth Major Lapierre, cimetière Sainte-Geneviève de Pierrefonds.

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