samedi 20 mars 2010

Liens de parenté


Outre les dispenses de publication fréquemment accordées, on lit souvent dans les registres que des dispenses ont été octroyées pour toutes sortes d'empêchements. En fait, toutes sortes d'interdictions sont faites aux futurs époux. S'ils tiennent vraiment à s'épouser, il leur faudra vaincre ces obstacles appelés consanguinité ou affinité. En outre, il est des empêchements qui n'ont rien à voir avec la famille, comme celui de temps interdit.

Le temps interdit
Commençons par le plus facile. Il était interdit de se marier... en temps interdit, soit pendant le Carême ou l'Avent. Si l'on enlève le Carême et l'Avent, si l'on enlève les labours, les semences et les récoltes, périodes occupées entre toutes, il ne restait pas beaucoup de temps pour se marier. Si l'on tenait à se marier pendant le temps interdit, il fallait demander une dispense et accepter de payer les frais qui s'y rapportaient.

La famille, petite question de vocabulaire
Les personnes d'une même fratrie, qui partagent un père et une mère sont dits frères et sœurs germains. Les personnes d'une même fratrie qui partagent un père, mais pas une mère sont dites consanguines; un frère consanguin, une sœur consanguine. Enfin, les frères et sœurs d'une même mère mais pas d'un même père, sont dits utérins. Dans les registres, on lit parfois frère ou sœur de père; frère ou sœur de mère pour préciser que les personnes de cette famille ne sont pas nés du même lit - du même mariage. Ils sont frères et sœurs par leur père ou par leur mère.

Les empêchements

Comment nous retrouver dans ces empêchements sans perdre la carte?

Sans approfondir ici la question des degrés de parenté, j'aimerais expliquer assez brièvement quelles sont les différences entre les parentés et les affinités susceptibles de faire l'objet des dispenses de l'Église catholique.




La parenté naturelle ou biologique
Grosso modo, les liens de consanguinité ou liens de parenté biologique sont les relations entre  individus liés par le sang l'un à l'autre par le sang ou par l'adoption légale. L'adoption crée la parenté légale. Ce lien de parenté unit la personne adoptée à tous les membres de la famille adoptante et contraint aux mêmes règles d'interdiction.

En droit germanique, ecclésiastique ou canonique, au début de la colonie, les mariages sont interdits jusqu'au sixième degré de parenté. Jusque l'an 1000 environ, l'Église permettait le mariage à partir du quatrième degré de consanguinité avant de se mettre à ajouter des degrés d'interdiction jusqu'à atteindre l'absurde et à en revenir (seulement au début du XXe siècle).

Si par malheur on découvrait, ô horreur!, un degré de parenté entre époux, le mariage était annulé. Et les époux devaient demander une dispense et se marier à nouveau. On rencontre des cas semblables de temps à autres dans les registres, et on appelle ce type d'union une réhabilitation ou un mariage réhabilité.

Le premier degré de consanguinité du droit canon concerne les frères et les sœurs. Évidemment, l'Église ne permettra pas l'union entre frère et sœur, mais elle autorisera peut-être un mariage entre oncle et nièce ou tante et neveu (soit du premier au deuxième degré). Le deuxième degré, lui, concerne les cousins germains. Jusqu'au troisième degré (soit du premier au deuxième ou du deuxième au deuxième), ceux qui désirent se marier doivent obtenir une permission spéciale de Rome et patienter le temps nécessaire pour l'obtenir... Quand plus de deux degrés de consanguinité séparent les futurs époux, la permission de l'évêque ou de l'un de ses représentants autorisés suffit, ces dispenses étant considérées comme mineures.

Le degré de consanguinité se calcule toujours à partir d'un ancêtre commun. Ainsi, un petit-fils pourrait épouser une arrière-petite-fille (petite cousine) et obtenir une dispense de consanguinité du 2 au 3. Le degré est toujours déterminé par la distance qui sépare les futurs époux de leur ancêtre commun. La mention en ligne colatérale signale qu'on arrive à l'ancêtre par un frère ou une sœur du parent.

En droit civil ou romain, les choses sont plus simples et un peu plus complexes. Pas de mariages jusqu'au quatrième degré. Quand on veut calculer les degrés de consanguinité au civil, il faut compter chacun des degrés qui sépare l'un et l'autre de l'ancêtre commun. Ainsi, deux cousins germains auront quatre degrés de consanguinité : il faut deux degrés pour monter à l'ancêtre commun, le grand-père, et deux autres degrés pour redescendre du grand-père jusqu'au cousin. Dans le cas d'un cousin et d'une petite cousine, il y aura cinq degrés : deux pour se monter au grand-père et trois pour descendre jusqu'à l'arrière-petite-fille.

Dans le tableau illustré ci-dessus, on trouve les deux manières de calculer, la germanique (au-dessus) et la romaine (en-dessous).

L'affinité
Contrairement à la parenté, l'affinité ne contient pas de souche biologique commune. Elle concerne la famille du conjoint et considère la belle-famille comme une famille biologique.

L'affinité légitime
L'affinité légitime est créée par le mariage. Interdite jusqu'au quatrième degré, elle fait entrer dans le cercle familial les membres de la famille par alliance. Après le mariage, les parents du conjoint deviennent l'équivalent du père et de la mère; à ce titre les frères, sœurs, cousins, neveux et nièces de l'époux, deviennent les siens propres. Ce qui donne lieu à de nouveaux obstacles au mariage : une fois veuve ou veuf, il est interdit d'épouser l'un des membres de sa belle-famille jusqu'au quatrième degré.

Toute relation charnelle en dehors du cadre du mariage, c'est-à-dire toute union illicite crée pour les partenaires le même type d'affinité que le mariage au premier et au deuxième degrés. Pour qu'il y ait empêchement à un mariage toutefois, le commerce charnel doit être connu.

L'affinité ou cognation spirituelle
L'Église vient compliquer les choses en ajoutant aux objets de dispense. Les liens de parenté spirituelle unissent le baptisé et sa famille à ses parrain (compère) et marraine (commère) et les membres de leur famille; ils deviennent en quelque sorte les parents du baptisé et leur famille la famille alliée de l'enfant et des membres de sa propre famille. Même les mariages entre baptisé devenu adulte et enfant adulte du parrain ou de la marraine souffrait d'empêchement! Depuis 1983, cet empêchement n'existe plus.



Sources :
Illustration : Joseph Edmond Massicotte, 1875-1929, «Le réveillon de Noël : un retardataire», dans Le monde illustré, vol. 17 #868, p. 533, 22 décembre 1900, gravure # 2617, provenant de Bibliothèque et archives nationales du Québec : http://bibnum2.banq.qc.ca/bna/illustrations/htm/a203-07.htm

Illustration : auteur pape Boniface VIII - Decretales, 1532, Paris, Yolande Bonhomme et Jean II Petit; localisation : A.D. Hauts-de-Seine - Bibliothèque André-Desguine, cote 01088a. Dans son ouvrage Familles, Jean-Louis Flandrin reprend cette illustration, p. 35.
Jean-Louis Flandrin, Familles : Parenté, maison, sexualité dans l’ancienne société (1976), Paris, Seuil, coll. Points Histoire #H194, 1984, 332 pages.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Parent%C3%A9
http://www.guide-genealogie.com/guide/parente.html

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